#VendrediLecture: Nirliit et le nouveau livre de Jonathan Franzen

Après les fêtes, la rentrée, les suggestions de lecture des finalistes du Prix des Libraires du Québec 2016 et de la cérémonie des Oscars, voici deux nouvelles suggestions. #VendrediLecture est de retour!

9782924519073

Nirliit, Juliana Léveillé-Trudel, La Peuplade, 184 p.
21.95 prix non membre; 19.25 prix membre

Juliana Léveillé-Trudel travaille chaque été comme professeure à Salluit, à Nunavik. Dans son premier roman, l’auteure nous raconte la vie dans le Grand Nord québécois: l’alcool, la dépendance, la jalousie, les enfants partout, le sexe sans contemplation, les meurtres et les disparitions, les hauts prix partout, la manque d’avenir.
Roman cru et dur, la première partie du livre est une longue carte à Ève, mère d’Eliah, disparue dans la Tundra. Léveillé-Trudel décrit le monde à Salluit (qui se traduit par « gens maigres »): comment les travailleurs du sud couchent avec les filles inuits qui à son tour se battent pour leurs « proies » blanches; comment l’alcool et la drogue minent une communauté délaissée où tout le monde connaît tout le monde; comment la jalousie provoque la violence qui n’échappe à personne face à l’acceptation ou plutôt à l’indifférence généralisée. 

Lecture qui dérange, qui frappe dans notre idéal de société, le style direct de l’auteure provoque au lecteur une constante remise en question. Pendant la lecture, on sent le malaise. On sent la proximité de Salluit (même si presque 2000 km séparent le petit village de la métropole). On ressent l’indignation face à la violence dans laquelle la petite société du village baigne et face à l’indifférence envers les enfants, laissés à leur sort trop souvent par une mère saoule ou un père occupé à coucher avec d’autres filles.
Cependant, dans cet univers apparemment infernal, il y a aussi de la place pour l’amour, pour les rêves, pour les étoiles et les aurores boréales. Les enfants font partie de toute la communauté. Et même si parfois leurs parents ne s’en occupent pas, ce sont les proches de ces parents, voire tous les villageois qui en prennent soin. Il y a aussi de la place pour des histoires de réussite, de mères adolescentes qui retournent à l’école après avoir accouché, de l’amour véritable entre inuits et « blancs », des « blancs » qui travaillent et habitent à Salluit pour d’autres raisons que pour faire de l’argent. La deuxième partie du livre montre cette face du Grand Nord, cette face d’espoir et de vie communautaire qui fait que, en finissant le livre, on se sent comme l’auteure à chaque fois que septembre est arrivé et qu’il faut qu’elle rentre à Montréal: sans envie de partir, sans savoir comment elle retrouvera Salluit l’année prochaine, avec une nostalgie prémonitoire d’un hiver trop long au sud.

«Nous vivons dispersés sur cet énorme continent, dans des villes et des villages qui portent des jolis noms à faire rêver les Européens, des jolis noms qu’on s’empresse de traduire parce que nous sommes si fiers de savoir que ‘Québec’ veut dire ‘là où le fleuve se rétrécit’ en algonquin, que ‘Canada’ signifie ‘village’ en iroquois ou que ‘Tadoussac’ vient de l’innu et se traduit en français par ‘mamelles’. Nous avons de jolis mots dans le dictionnaire comme ‘toboggan’, ‘kayak’ et ‘caribou’, il fut une époque où des hommes issus de générations de paysans de père en fils entendaient l’appel de la forêt et couraient y rejoindre les ‘Sauvages’, il fut un temps où nous étions intimement liés, mais nous avons la mémoire courte, hélas. Nous ne nous souvenons plus de rien, et dans les villes où le béton cache le ciel, des gens occupés marchent sans se regarder sur les routes qui ont fendu la forêt, et parfois leurs yeux se posent sur ‘eux’. Eux, les épaves imbibées d’alcool qui ne sont plus l’ombre des fiers chasseurs qu’ils ont été, eux dont les formidables talents ne trouvent plus leur utilité dans notre assourdissante modernité, eux massacrés jusqu’à la moelle par l’une ou l’autre des merdes qui, paraît-il, viennent inévitablement avec la civilisation. Eux comme une maladie honteuse, comme une malaise énorme au bord du trottoir, comme un enfant-problème qui jette l’opprobre sur ses parents. Ils ont quitté leur réserve ou leur village, ils ont abouti n’importe comment sur le ciment de Montréal, Winnipeg ou Vancouver, ils confrontent les gens occupés dans la vision qu’ils ont d’eux: des ivrognes, des paresseux, des irresponsables.»

franzen-purity

Purity, Jonathan Franzen, Bond Street Books, 563 p.
35,00$ prix non membre; 30.75$ prix membre

Le dernier livre de Jonathan Franzen est arrivé. Après le succès éclatant de son dernier roman Freedom, l’auteur américain revient avec un nouveau roman tout à fait différent, mais qui garde le même registre que ses succès antérieurs.

Pip, une jeune étudiante semble ne plus avoir d’avenir. Son travail ne lui plaît plus, la relation avec sa mère dépressive -le seul membre de sa famille- n’est jamais évidente, sa dette étudiante n’arrête pas de grossir, elle est en amour avec son coloc qui habite avec sa femme; bref, sa vie ne semble avoir aucun sens.

Tout va changer quand une allemande arrive chez elle et lui propose de faire partie d’un projet global mené par le gourou Andreas Wolf. Comme Edward Snowden, et WikiLeaks de Julian Assange, Sunlight Project a l’air aussi attirant que dangereux. Toutefois, ce projet peut changer la vie de Pip: lui révéler qui est son père et lui offrir un bel avenir. 

Purity raconte évidemment la vie de Pip, mais aussi celle d’Andreas Wolf, né en Allemagne de l’Est et devenu une star internationale à l’instar d’Assange. Le récit décrit les misères de la célébrité, la solitude d’être reconnu partout mais également l’importance des choix de la vie.
Roman de presque 600 pages, il n’est en aucun cas un tour de force pour le lecteur, grâce à la magnifique capacité narrative de Franzen, son talent pour désengrener la psychologie humaine de n’importe quel personnage. Avec Franzen, on peut facilement s’identifier tant comme une mère célibataire qui a des troubles mentaux  que comme sa fille sarcastique et fatiguée de l’idéal de vie nord-américain.

Bien que Purity n’arrive pas à égaler l’excellence de Freedom -il faut le dire-, c’est sans aucun doute un roman tout à fait recommandable. Un incontournable de la littérature du XXIsiècle, sur l’avenir de la société à l’âge d’internet.

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