#VendrediLecture: Découvrir Nick Tosches

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Moi et le diable, Nick Tosches
Éditions Albin Michel – 418 pages
Prix non membre: 36.95$ – Prix membre: 32.50$

Nick Tosches oscille entre l’étiquette d’«auteur culte» et d’«enfant terrible» de la littérature américaine contemporaine. Son auto-fiction le confirme. D’abord prétentieux et hautain, Tosches se révèle dans tous ses défauts et faiblesses.

La première chose qui surprend à la lecture de la 4e de couverture de l’édition française de Moi et le diable (dans l’édition originale anglaise, la phrase est écrite à même la couverture) c’est la citation de Keith Richards: «Un sommet, par l’un des plus grands écrivains actuels. Tosches connaît le diable comme personne…». Tout d’abord on se méfie: quand une rock star est utilisée pour parler d’un livre, on soupçonne une stratégie commerciale de la maison d’édition. Ce n’est pas le cas ici. Du tout. Comme dans la vraie vie, Tosches rencontre plusieurs fois dans le livre son ami Richards, qui d’ailleurs n’a pas tort avec son affirmation.

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Avec son style prosaïque puissant et beau, digne des grands maîtres littéraires, la subtilité et le lyrisme de sa plume ainsi qu’une attitude proche de Henry Miller ou de Bukowski, Tosches réussit à créer une formule que fonctionne très bien. Entraîné par les titres d’Arvo Pärt et l’Île des morts de Rachmaninov, le lecteur se prend à dévorer le livre à toute vitesse. Un livre qui nous étonne par moments, nous fait rire, nous excite mais aussi nous dégoûte. Bref, il nous fait sortir toutes les émotions que les bons livres doivent faire sortir.
Une auto-biographie où la fiction se mêle avec la réalité de la façon la plus paradoxale possible, incarnant ainsi parfaitement la figure de l’auteur: quelqu’un qui, en sortant d’un meeting des AA dans le sous-sol minable d’une église new-yorkaise, est capable de s’arrêter dans un magasin de couteaux japonais pour y dépenser des dizaines de milliers de dollars; quand ce n’est pas pour en commander un fabriqué avec un os de léopard.

Moi et le diable représente, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, une opportunité fascinante de plonger dans le monde littéraire de Tosches.

«J’ai décidé d’aller à une autre réunion, dans une autre salle, où je ne risquais guère de rencontrer ce fléau de sex-addict en adoration devant lui-même.
Ce que j’ai rencontré, par contre, ç’a été une jeune femme grande et fine, sexy, cheveux longs, poitrine plate, en jean moulant. Il fut un temps où je ne les aimais pas fines et plates. Mais tout change, avec le temps.
« Tu fais ce que j’aurais dû faire », lui ai-je dit après la réunion. Elle m’a regardé droit dans les yeux. La lumière du soleil froid s’est posée sur ses longs cheveux noisette.
« À savoir ?
– Venir ici à temps. Arrêter à temps.
– Fais ce que je dis, pas ce que je fais, c’est ça ? »
Je n’aurais su dire si son regard était antagoniste, supçoneux ou bienveillant. Sans doute parce qu’il était tout cela à la fois, ou plutôt tour à tour.
« Non. Je veux dire que j’ai gâché ma vie. »
J’ai eu le sentiment que ces mots sortaient de ma bouche avec franchise, et qu’ils contenaient une grande part de vérité. Puis j’ai pensé aux livres sur l’étagère, ceux que j’avais écrits, les «cartes postales» de ma vie prouvant que j’avais été plus qu’un simple ivrogne qui se détruit d’un bar à l’autre, bouteille après bouteille, les cartes postales prouvant que j’avais accompli des choses, davantage que la plupart des gens, et que ce que je considérais, plein de regrets, comme une vie d’années fichues en l’air, une vie d’apathie et d’ivresse, était en vérité bien plus que ça. Peut-être était-ce pour cette raison que je gardais ces bouquins. Peut-être que j’en avais besoin, de ces cartes postales.
Ces pensées m’ont traversé à toute vitesse. Il n’y a pas eu de pause marquée entre ce que j’avais commencé à dire et les mots qui ont suivi. « Tu as encore la tienne devant toi. Tous ces années à vivre.
– Ton visage ressemble à une carte. »
Encore une fois, antagoniste, soupçonneuse ou bienveillante. Encore une fois, sans doute tout cela à la fois.
D’un coup de langue et d’une succion, j’ai remis mes fausses dents en place pour les mots que je m’apprêtais à dire, et les ai prononcées: « Terrestre ou céleste ?
– Les deux. »
Bienveillante. Pas d’ambiguïté, pas d’hésitation. Un regard bienveillant.
« Merci. »
J’ai souri, et elle m’a imité. Elle avait des dents d’ivoire, parfaites. Je l’ai détestée pour ça. Je l’ai désirée pour ça.»

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